Yves Klein est un enfant du sud de la France, né le 28 avril 1928 à Nice, son enfance est paisible quoique qu’il évolue déjà dans un milieu artistique, dans « les vapeurs de térébenthine »*. En effet ses parents sont peintres tous les deux; son père Fred Klein est un artiste qui peint des toiles figuratives, beaucoup de nature, de paysages etc… Sa mère, Marie Raymond quant à elle n’est pas figurative, elle peint des compositions abstraites, géométriques et colorées. Le jeune Yves baigne alors d’emblée au sein de réunions artistiques, il côtoie très jeune toute cette atmosphère, et c’est aussi très jeune qu’il s’en éloigne.

En effet, l’art ne l’intéresse pas, il s’engage d’abord dans des études à l’école de la marine marchande, apprend les langues orientales, et dès 1947, alors âgé de 19 ans, il se penche très volontairement sur le judo. C’est durant les cours de cet art martial japonais qu’il fait la rencontre d’Arman et de Claude Pascal, deux amis à qui il restera fidèle toute sa vie. En 1952, Yves franchit un pas dans son apprentissage et part au Japon, plus précisément à Tokyo suivre les cours du très respecté institut Kodokan*  durant 1 an et demi. Il reçoit alors le grade honorifique et inédit pour un étranger de ceinture noire 4ème Dan, mais malheureusement, à son retour en France, l’académie française de Judo ne reconnait pas son diplôme. Déçu au plus haut point, dégouté même, il arrête cette activité et met fin à ses projets de judoka professionnel, suite en plus à des déboires financières dans sa propre école à Paris.

Il est intéressant de s’arrêter un moment ici pour comprendre ce qu’a pu impliquer le Judo dans la vie et le fonctionnement artistique d’Yves ; en effet, notons que le Judo est un art martial, un art donc, et qu’il implique non seulement une maitrise totale de son corps suite à des entrainements incessants, mais aussi -et j’ai envie de dire surtout- une maitrise de son âme, de son esprit. L’aspect spirituel qui fait partie intégrante du Judo a très certainement beaucoup impressionné et intéressé Yves Klein, car il demande une connaissance supérieure de son corps et de ses capacités insoupçonnées, guidée par un esprit sain, entrainé, pur et méditatif. Ces termes, nous les retrouverons très fréquemment dans les propos même de l’artiste, et cela ne me semble pas anodin de préciser qu’ils proviennent en partie de la pratique du Judo, et de l’enseignement reçu au Japon par des maîtres, dont la philosophie Zen*, l’appréhension du cosmos et de tout ce qui vit, la conscience supérieure de l’espace, la pureté de l’âme sont les crédos.

En parallèle de cette passion et cet acharnement de travail pour le Judo, Yves entretient toujours avec ses amis Arman et Claude Pascal, un véritable intérêt pour beaucoup de domaines ésotériques. Ainsi il se captive pour les doctrines de la Rose-Croix*, suit les enseignements d’un partisan de Max Heindel* ou il se construit une culture basée sur la philosophie des religions, leurs aspects mythiques et mystiques. Yves Klein est happé par tout ce qui touche au cosmos, à l’infini, il s’intéresse à l’astrologie (il a même appris à faire des horoscopes), il est ainsi un être tout à fait spirituel, très axé vers un au-delà de l’esprit et du monde, ce qui, nous le verrons, fait partie intégrante de son œuvre.

Nous voyons que les intérêts d’Yves sont a priori très éloignés de la peinture, et en effet, celui-ci déclarera souvent n’y avoir jamais songé durant cette période, se justifiant en disant que l’univers artistique de ses parents l’en avait de fait éloigné.

Cependant, nous remarquons qu’avant même de partir à Tokyo, Yves fait allusion à des essais monochromes dans son journal intime, en février 1951, lors d’un séjour à Madrid. Il est alors âgé de 23 ans mais ce n’est encore qu’un projet qu’il n’aboutira pas tout de suite. En effet, sa réelle carrière d’artiste débute à la fin de l’année 1954, alors qu’il publie son recueil de peinture « Yves Peintures », moment clef dans sa vie d’homme et d’artiste. Son entrée dans le monde de l’art sera remarquée, il rencontre ensuite le critique Pierre Restany, les galeristes Iris Clert et Collette Allendy, intègre le groupe des Nouveaux Réalistes, produit de nombreuses œuvres et expositions toujours scandaleuses ou du moins inattendues et novatrices. Nous verrons en détails ci-dessous son évolution artistique, mais je dois dire ici que la fulgurante carrière d’Yves Klein sera écourtée par sa mort inattendue et brutale le 6 juin 1962, suite à une crise cardiaque. Cette mort prématurée contribue très certainement au mythe d’Yves Klein, elle embaume d’un mystère et construit la fascination autour de cet artiste inclassable, néanmoins, au-delà de cette disparition précoce, l’homme et l’artiste sur lequel je me penche aujourd’hui mérite toute l’attention qu’on lui porte. Grand précurseur de l’art actuel, initiateur en tout genre, personnage quasi théâtral, tantôt naïf et enfantin, tantôt éloquent et prétentieux, Yves Klein est un avant-gardiste sincère, plus que talentueux, et souvent majestueux.

* Tous les éléments marqués de cette astérisque feront l'objet de notes tout bientôt!